« Les majorettes du 11 novembre | Page d'accueil | A la crèche (mais non pas celle du p'tit Jésus!) »

jeudi, 16 novembre 2006

Ces chères têtes blondes

J'ai plein de sujets de notes en tête: j'aimerais vous raconter Chéri, vous raconter ex-Chéri,  vous raconter mes petites histoires et mes grandes histoires, vous asséner au passage mes avis (génialissimes bien sûr) sur la Vie, les Hommes-et-les-Femmes, le Monde et sa Cosmogonie, et les Tisanes sans alcool.

Mais aujourd'hui il me vient un grand besoin de dégoiser sur ce qui fut ma vie pendant 5 années, époque où je me vis embrasser la prestigieuse carrière de

PROFESSEUR DE MUSIQUE EN COLLEGE!

Si.

Tout d'abord, je confirme les dires d' Almeria  rapport aux vacances scolaires-trop-de-chance-ces-sales-profs: les "petites vacances" sont rigoureusement, absolument et défintivement indispensables. Pour préparer les cours oui mais surtout pour panser ses plaies et reconstituer son intégrité psychologique et nerveuse. Surtout pour un prof de musique.

Parce qu'être prof de musique en collège, ça veut dire:

1) Voir déferler heure après heure des hordes sauvages composées chacune d'une trentaine d'individus très peu individualisés mais tous en plein boum hormonal et l'énergie surcompressée par le cours précédent "important" (maths, français, histoire, anglais...). Ceci 20 fois par semaine.

2) Admettre que les hordes sus-citées ont oublié depuis longtemps (une semaine entière!) le cours précédent et tous les patients efforts sociaux, pédagogiques, administratifs, disciplinaires, et, accessoirement, musicaux, déployés par le professeur pour obtenir un semblant de cohérence et de civilisation dans la salle de musique.

3) Supporter le bruit incessant, même par temps calme. Parce que la musique ça fait du bruit. Ecouter de la musique sans la considérer comme un bruit de fond est devenu pour les ados une épreuve incongrue; l'apprentissage de la flûte à bec a été mise au programme par des inspecteurs qui n'ont jamais du mettre les pieds dans un collège de base, sauf pour les inspections où les élèves sont anormalement sages: parce que 30 flûtes à bec dans une classe d'ados facétieux, même en étant très très sévère, je vous jure que ça joue avec les nerfs plus que de la musique.

4) Supporter les remarques anodines et répétées qui sappent le moral, du genre que la musique ça sert à rien, que y'en a pas au brevet des collèges (élèves) que "vous pouvez faire un peu moins de bruit, on fait un contrôle" (le prof de la salle d'à côté, qui lui, travaille (maths, français, histoire, anglais...), que "ah, c'est en musique..." (le CPE qui valide les sanctions)

5) Remplir 600 bulletins à chaque fin de trimestre sans se répéter et en personnalisant chaque commentaire (je déteste faire mon boulot n'importe comment)

6) Se demander quel rapport il y a entre la petite fille qui apprenait à jouer du piano, puis de la flûte traversière, élevée avec France-Musique en radio de fond, puis la jeune fille balaise en solfège, en harmonie, en analyse, en histoire de la musique, les heures quotidiennes de gammes, exercices, études, morceaux..., les années de concurrence acharnée au conservatoire, de bûchage intensif à la fac..., et aussi tous les univers musicaux  que j'ai explorés par ailleurs et aimés;... tout ça pour des adolescents plus obtus que mon grand-père. Je veux dire, en classe. A cause du groupe, du nombre, de l'éducation nationale. Parce qu'individuellement et/ou ailleurs ils ne sont pas les mêmes du tout!

7) Et enfin se demander quel rapport il y a entre la musique et le cours de musique tant on passe de temps à y faire le flic.

Bon, j'ai eu quelques rares joies professionnelles et relationnelles qui m'ont payée de tous ces maux, mais franchement faut pas être difficile pour s'en contenter.

En rentrant chez moi je décompressais dans ma voiture (j'avais le temps, parce qu'en plus c'était loin) sans musique ni info, juste un merveilleux SILENCE avant de retrouver mon fils. Nous prenions un bain régénérateur ensemble (je puais la transpiration de stress) et j'essayais de m'occuper de lui sans penser au jour écoulé ni au lendemain, sauf week-end et vacances scolaires...

Pourquoi j'ai fait ce métier? Parce que jétais seule avec mon fils et quand la fin de l'API s'est profilée je ne savais faire que ça, je veux dire pour une paye qui nous permette de vivre.

Comment ça s'est fini? Quand je suis revenue de mon deuxième congé maternité, je n'ai plus pu. Et là j'avais un mari, et quelques cours en école de musique, j'ai donc pu démissionner pour commencer une reconversion.

Je vous raconterai une autre fois comment après des années de galère maintenant j'ai un métier génial que j'aime et qui me fatigue pas et où je vois plein d'enfants, d'ados et d'adultes et que je les aime tous.

Je ne voudrais pas décourager les jeunes blogueurs et blogueuses mais souvent il faut pas mal d'années avant d'être bien dans sa vie professionelle, sentimentale, sexuelle, spirituelle, familiale et j'en passe. Par contre ça console vraiment d'être moins jeune de voir comment on se sent tellement mieux dans ses pompes.

Ou bien?

Commentaires

J'ai toujours eu beaucoup de regrets concernant les cours de musique, parce que les autres s'en foutaient et que la prof ne faisait rien pour arranger ça ... Et je me disais que si j'avais été à sa place, j'aurais fait écouter les Beatles à mes élèves ...
Tu as fait le conservatoire ?

Ecrit par : Kinishao | jeudi, 16 novembre 2006

Oui, j'ai même fait LES conservatoires: Besançon, Strasbourg, et aussi Toulouse pour l'électroacoustique.
Et j'ai fait écouter les Beatles à mes élèves. Mon plus gros succès pédagogique a été de voir des gros durs de 3ème s'arracher pour jouer Yesterday à la flûte...

Ecrit par : Br'1 | vendredi, 17 novembre 2006

pour avoir été une élève studieuse à la maison, mais pas facile en classe, je n'ai JAMAIS envisagé d'être enseignante (30 comme moi, je n'ose pas imaginer, même si je n'étais pas la pire!).
Je compatis... avec toi et tous ceux qui vont devoir enseigner des choses à mes enfants...:-)

Ecrit par : daydreamer | vendredi, 17 novembre 2006

Wouaa, 3 conservatoires ... de l'electro-acoustique ...
Au fait, tu n'as pas mis de musique sur ta page chez Airtist ?

Ecrit par : Kinishao | samedi, 18 novembre 2006

Je me suis inscrite chez Airtist juste pour acheter ta zique, pour l'instant ma page est un no man's land, un jour quand j'aurai le temps... pfff... je ne suis toujours pas allée à la Sacem... faut dire je suis pas Beethoven non plus, alors ça fait bien du tintouin pour si peu!
Et puis 3 conservatoires oui, mais juste régionaux, et j'ai eu assez du mal quand même, sinon je serais flûte solo au Contzerguebôwe et je me la pèterais avec Martha (Argerich). Et puis l'électro acoustique et la musique contemporaine, alors là un de ces jours je me fendrai d'une note là-dessus (que y'a guère que toi qui va y comprendre qqchose parmi nos chers amis blogueurs)
Bon week-end

Ecrit par : Br'1 | samedi, 18 novembre 2006

C'est gentil pour Airtist ...
Moi, mon seul conservatoire, ce sont les bouquins de Berklee ...
Pour la note sur la musique contemporaine, très intéressé je suis !!

Ecrit par : Kinishao | dimanche, 19 novembre 2006

Cà m'a fait un bien fou cette note... 23 ans que je fais ce métier soi-disant "alimentaire" quand on a honte. C'est vraiment çà, mais dans les quartiers nords de marseille, c'était parfois pire que tout, à Paris c'est plus facile. Par exemple, tu parles de la double-croche, et tu entends une grosse voix et un gros rire "ah ouais, double gode!" Les Beatles, c'est bien, l'an dernier, j'ai fait jouer "grunge party" dans le style de Nirvana, c'était leur choix, çà sonnait très très bien... en tout cas encore bravo.

Ecrit par : tidoigts | samedi, 30 décembre 2006

Ecrire un commentaire